Hommage à Louis AMIC (Maison Roure) par Yuri Gutsatz, A Tribute to Louis AMIC (Maison Roure) by Yuri Gutsatz |
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Hommage à Louis AMIC (Maison Roure) par Yuri Gutsatz, A Tribute to Louis AMIC (Maison Roure) by Yuri Gutsatz |
4-Jul-2009, 01:32 PM
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If you happen to stumble on a French language post, just scroll around and you'll find the English language version. Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, Malgré la profonde tristesse qui m'envahit, je remercie le Président SABETAY de m'avoir demandé de parler ce soir de Louis AMIC, disparu en Juin de cette année, à l'âge de 73 ans, terrassé par une implacable maladie. Parler de Louis AMIC est une tâche qui m'honore, parler de lui est une tâche redoutable, une tâche passionnante - pour moi une tâche bouleversante, car parler de Louis AMIC c'est parler de toute la PARFUMERIE, de toute une conception de la Parfumerie, c'est aussi parler de la moitié de ma propre vie, car au cours des 31 ans où j'ai eu le privilège, la satisfaction, la joie même, de travailler pour lui, avec lui, dans son sillage - il est devenu pour moi un symbole, un guide, un frère aîné, un AMI. On a l'habitude, en parlant d'un disparu, de dire que la place restée vide est difficile à combler. Je crois que ce cliché, éculé pourtant, n'a jamais été aussi vrai que lorsqu'on dit que personne ne pourrait remplacer Louis AMIC. Avec sa disparition, une page de la Parfumerie est tournée, un chapitre clos, une époque révolue. Et quelle page, quel chapitre, quelle époque ! Mais ce qu'il a semé porte aujourd'hui ses fruits et la récolte est belle. Vous lirez la biographie de Louis AMIC dans nos revues professionnelles et je ne m'attarderai pas à vous citer des faits chronologiques, à parler de ses études, de ses débuts, de ses titres, de ses décorations. Je dirai seulement que Louis AMIC est issu d'une vieille famille provençale : par sa mère, fils, petit-fils, arrière petit-fils, neveu de la lignée des ROURE qui dès 1820 ont pris rang parmi les grassois qui consacrèrent leurs efforts a la parfumerie naissante, et par son père, le Sénateur des Alpes-Maritimes, Jean AMIC, issu lui aussi d'une vieille famille provençale de fabricants d'huile d'olive. Que faut-il de plus pour former un homme dont les racines plongent aussi profondément dans cette terre provençale, cette terre latine et méditerranéenne, pétrie de souvenirs, terre tri millénaire témoin de tant de civilisations a qui nous devons tant. Il y avait toujours en Louis AMIC un reflet de ce ciel limpide du midi, une chaleur humaine extraordinaire, une générosité, une compréhension des êtres et des choses, un humanisme profond à côté d'une culture vaste et universelle, une curiosité toujours en éveil et par dessus tout une passion pour la Parfumerie. Dois-je vraiment rappeler tout ce que la Parfumerie lui doit ? Ce que nous tous lui devons ? Ce que moi, personnellement, je lui dois ? Il faut que je parle de Louis AMIC, tel que je l'ai connu, en évoquant brièvement quelques souvenirs, quelques images, qui, je le crois, sont plus précieuses que des dithyrambes grandiloquents prononcés avec des trémolos dans la voix au-dessus d'une tombe encore fraîche, mais je sais que ma voix va trembler et mes yeux s'embuer de larmes... Car en parlant de Louis AMIC je regarde aussi mon propre passé, ma jeunesse, mes aspirations, mes ambitions, le chemin parcouru depuis notre première rencontre. J'ai, pour la première fois, entendu parler de Louis AMIC il y a 40 ans, en 1937, quand débutant dans la Parfumerie, jeune homme sans expérience ni connaissances, un ami plus ancien que moi dans le métier, m'a dit un jour :" il y a à Paris un type formidable, qui est une sommité dans notre métier, un certain Monsieur AMIC - il faudrait que tu puisses faire sa connaissance." Cette connaissance je l'ai faite huit ans plus tard, quand le regretté Jean CARLES que je connaissais assez bien, rencontré un jour faste pour moi, en Septembre 1945 sur le quai du métro de l'ETOILE, m'a dit "que faites-vous a Paris ?" (nous nous sommes connus à Marseille pendant les années noires) et à ma réponse : "je cherche du travail", il m'a dit : "venez demain rue du Rocher chez Roure, je vous présenterai à Louis AMIC". Le lendemain - ou était-ce huit jours après, peu importe, je suis entré dans ce petit bureau sombre où se tenait Louis AMIC qui, après quelques questions sur mes connaissances et mes qualifications, m'a engagé comme chef de laboratoire d'étude et je me souviendrai toujours de cette boutade, dont il avait le secret : Il m'a dit "quand aux heures de présence, je mien fous. L'essentiel c'est que vous soyez là quand j'ai besoin de vous. Et en fait, pendant prés de dix ans entre Mai 1947 et Mars 1957 quand je suis parti en INDE pour ROURE, installé dans un laboratoire au rez-de-chaussée du Siège, rue Legendre, je suis devenu le "Parfumeur du Roi" comme j'aimais le dire en plaisantant à l'époque. Mais le "roi" avait des idées : il en débordait. Il avait ce don rarissime de savoir inspirer, diriger, orienter le travail des parfumeurs, leur communiquer ses propres visions, des propres idées, les stimuler, les faire réfléchir pour donner le meilleur d'eux mêmes. Et pourtant il aimait a répéter constamment : je ne suis pas parfumeur, je ne connais rien a la technique ! Mais ceci était sans importance car son sens de la matière première, son incomparable flair commercial, ses connaissances du monde international de la Parfumerie connaissait, et connaissant bien tout le monde a Paris, a New York, a Londres et même a Moscou - il disait : "Je suis la concierge de la Parfumerie internationale" - étaient ce qu'il y avait de plus précieux pour les techniciens enfermés dans leurs tours d'ivoire sans grand contact a l'époque avec le monde extérieur. Je pense que mes collègues des années cinquante, Francis FABRON, Jacqueline KEIP-COUTURIER, Yolande LABORDE-JERROLD, Simone CARINI, Jean MARTIN, les autres ont disparu comme Germaine CELLIER, cette femme bourrée de talent, ou Jean CARLES le parfumeur prestidigitateur génial, se souviendront comme moi, ainsi que ceux qui vinrent plus tard grossir les rangs des parfumeurs de la Maison, et bien entendu tous ceux qui forment l'équipe actuelle, des séances d'olfaction et de sélection dans le bureau de Louis AMIC, Président de la Société entre 1960 et 1969, Président d'honneur par la suite. Le téléphone sonnait. Ou bien c'était la voix abrupte et bourrue de Louis AMIC - oh, comme les secrétaires tremblaient devant ses colères violentes et passagères comme un orage de printemps en Provence, car la patience dans ces années-là n'était pas son fort - oui, sa voix abrupte et bourrue : "venez me voir !", ou bien la standardiste : "Monsieur Louis AMIC aimerait bien vous voir". Et c'était le feu d'artifice quand on lui montrait les derniers essais issus d'ailleurs d'un entretien avec lui, parfois de la veille seulement, car il fallait lui répondre avec des essais, très, très rapidement, tant que Louis AMIC était encore branché sur une idée. On trempait les mouillettes et on les lui tendait. Nous avions vite appris que faire des commentaires était inutile. Il aimait à dire : "surtout ne me dites rien !" Il sentait, et là il aurait fallu la présence d'une caméra pour fixer sur la pellicule les attitudes de Louis AMIC. Si l'essai ne répondait pas à ce qu'il attendait, la mouillette était jetée par terre avec un commentaire du genre : "cela ne vaut pas tripette !" Si son attention était attirée, il se tournait dans son fauteuil pivotant, fermait les yeux comme un chat devant le feu, humait longuement, attentivement, disait - s'il y avait deux ou trois variantes - : "mélangez-moi les papiers !" pour les ressentir encore et vérifier sa première impression, se délectant visiblement a cette opération, se pénétrant de l'odeur et puis avec autant de détermination que pour écarter un essai, il se répandait en compliments souvent peu mérités. Puis venait la parole définitive qui maintes fois a été le début d'un succès commercial : "ça, vous l'envoyez (ou tu l'envoies, car il tutoyait certains, surtout les grassois et les jeunes) a un tel, un tel et un tel. Oui, entre 1946/47 et 1955/60, sa tactique était de faire voir à ses clients le plus possible de créations pour couvrir toute la gamme, faire face a tous les goûts. Car a cette époque-là, le marketing en parfumerie n'existait pas, les panel-tests et autres manifestations du même genre non plus et les maisons de parfumerie étaient encore entre les mains de gens de métier ou de couturiers qui savaient ce qu'ils voulaient, bref il y avait des interlocuteurs valables avec lesquels Louis AMIC parlait un langage commun, qui l'écoutaient et appréciaient ses suggestions. Ainsi, Louis AMIC a créé une Parfumerie nouvelle dont il avait eu l'idée au début des années 30. Je crois que le SHOCKING de SCHIAPARELLI et le LL de LELONG furent les premières créations faites par une maison de matières premières et c'était une vraie révolution dans la Parfumerie. Et c'est Louis AMIC qui en était l'artisan. Pendant la guerre, vers la fin 1943, il prévoyait que le développement futur de la Parfumerie allait amener des gens nouveaux vers le métier, les grands couturiers entre autres, et il préconisait que sa Société s'oriente de manière a pouvoir faire face aux nouvelles demandes. Les avis étaient partagés, mais c'est le sien, avec l'appui de Charles VIDAL qui venait de rejoindre ROURE, qui a prévalu, et toute une tactique fut mise en place pour pouvoir démarrer en 1945/46. Entre autres, le concours de femmes de la Société bien introduites dans le milieu haute couture, a été sollicité et ainsi, petit à petit, l'équipe des parfumeurs s'étoffant, Louis AMIC a créé un outil de travail incomparable qui, des années plus tard, a été copié par tous ses confrères. La suite est connue, mais je tiens à souligner ce soir, que Louis AMIC a été le PIONNIER de la nouvelle orientation de la Parfumerie et si aujourd'hui, dans de nombreuses Sociétés françaises et étrangères qui, par vocation, produisaient des matières premières naturelles ou synthétiques, se sont formées des équipes de parfumeurs, efficaces et dynamiques, qui répondent tous azimuts aux demandes de la Parfumerie mondiale qui est devenue une grande industrie, le mérite en revient à cet homme seul qui, il y a 40 ans, a le premier prévu ce qui allait se passer. Ces dernières années, Louis AMIC a commencé à prendre de la distance vis-à-vis des problèmes quotidiens de la Parfumerie, mais il aimait en parler et il en parlait avec passion et connaissance. Combien de fois durant ces trois dernières années m'a t-il téléphoné pour me dire : « avez-vous une demi-heure, venez, on va bavarder un peu ». (Il employait un autre terme bien plus percutant). Et quel que soit mon emploi du temps, quelque pressé que je puisse être, la demi-heure avec Louis AMIC était sacrée : je savais que cela serait un plaisir intellectuel rare. Depuis quelque temps sa vue baissait, mais courageusement il luttait pour ne pas se sentir diminué. Il distinguait avec difficulté les papiers à sentir qu'on lui tendait, mais son jugement était toujours aussi bon, ses conseils aussi précieux, son esprit aussi vif, aussi incisif que d'habitude et les tours d'horizon sur des sujets les plus variés étaient aussi stimulants, instructifs et passionnants que dans le temps. Il était très préoccupé par le tour que prenait le développement extraordinaire de la Parfumerie, hier encore artisanat de luxe, aujourd'hui une importante industrie dont le chiffre d'affaires se compte en milliards. Il craignait que cette croissance rapide, cette transformation radicale d'un artisanat en production de masse avec tout ce que cela comporte de conformisme, se fasse au détriment du goût, de l'imagination et de l'élégance. Il me disait : "vous verrez, le pendule va amorcer le mouvement contraire, il y aura de nouveau de la place pour l'initiative individuelle, pour l'homme seul, pour un retour aux sources. " Et si maintenant, moi, j'ai décidé a mon tour de descendre dans l'arène pour essayer de redonner aux gens le goût d'une parfumerie simple aux odeurs naturelles de fleurs et de plantes, c'est qu'une fois de plus j'ai choisi d'écouter Louis AMIC pour faire une parfumerie de parfumeur contrairement a une parfumerie de marketing. En le faisant, j'ai contracté ma dernière dette envers Louis AMIC. A Paris, le 13 Octobre 1977 Yuri GUTSATZ Vice Président de la STPF Texte repris en Octobre 2009 dans le numèro 21 des Nouvelles de l'Osmothèque
Hommage_Tribute_Louis_Amic.pdf ( 1MB )
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25-Jul-2009, 03:35 PM
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Voici la nécrologie lue par Yuri GUTSATZ à la demande de Sébastien SABETAY devant l'Académie d'Osmologie et de Dermatologie le 18 octobre 1977.
Demande_SABETAY_GUTSATZ.pdf ( 180.02K )
Number of downloads: 103Louis AMIC 1904 - 1977 Louis Amic était un homme tellement actif et débordant de vitalité que la rédaction de son éloge funèbre parait un exercice hors de propos. Tout en lui respirait la vie. Il possédait un sens psychologique aigu lui permettant d'apprécier la personnalité des gens qu'il rencontrait et, en particulier, de discerner immédiatement leurs aptitudes dans le domaine de la parfumerie. Car il était né pour devenir parfumeur. Il était un descendant direct de Claude Roure, fondateur en 1820 de Roure-Bertrand & Fils. Si le mari de l'arrière-petite-fille de celui-ci, Jean Amic, qui dirigea la Compagnie vers les années 1920, n'avait pas été élu Sénateur des Alpes-Maritimes, ses fils seraient sans doute restés à Grasse. Le jeune Louis vint donc à Paris avec ses parents à l'âge de 12 ans, poursuivit ses études au Collège Stanislas et devint alors un véritable parisien. Ainsi, grâce à l'effet combiné des circonstances politiques et géographiques, s'ouvrirent des années qui s'avèreront extrêmement bénéfiques à la fois pour notre Société et pour l'industrie de la parfumerie en général, tandis que son frère François consacrait tous ses efforts à la direction de l'Usine de Grasse, Louis allait se trouver confronté à Paris et au monde. Au début de ce siècle, la parfumerie était le domaine réservé d'un-nombre limité de maisons ayant derrière elles une déjà longue tradition. Louis Amic, pressentant les possibilités et l'évolution de notre monde, s'attacha à développer une nouvelle stratégie. Il comprit l'un des premiers que le parfum pouvait être un prolongement naturel de l'activité créatrice des couturiers. Il possédait un génie particulier pour concrétiser les souhaits et l'imagination de ceux-ci en termes de parfums. Ce travail de collaboration avec presque tous les grands noms de la mode déboucha sur la création d'un nombre inégalé de parfums ayant connu et connaissant encore une renommée mondiale. Bien que l'avènement des techniques modernes de marketing ait presque entièrement jeté le voile de l'oubli, pour les jeunes générations, sur ce qui serait considéré maintenant comme des "aventures", il est incontestable que Louis Amic a eu une influence prépondérante sur la mode et les tendances en parfumerie, et ce dans le monde entier, pendant plus de 40 ans. La plupart des parfumeurs ayant travaillé avec lui se souviendront d'être venus dans son bureau soumettre à son jugement une série d'échantillons qu'il examinait alors en les rejetant rapidement la plupart du temps, les uns après les autres, jusqu'à ce qu'il s'arrête sur l'un d'entre eux avec une mimique de satisfaction, traduisant ainsi le sentiment qu'il avait découvert là peut-être l'ébauche d'un grand succès. Neuf fois sur dix la suite prouverait qu'il avait eu raison. Ces mêmes parfumeurs retournaient alors à leur laboratoire, satisfaits et prêts s'il le fallait à revenir dans son bureau quelques instants plus tard pour la mise en chantier d'une nouvelle idée. Tous ceux qui ont travaillé avec lui se souviendront de l'atmosphère d'activité et d'enthousiasme qu'il faisait régner autour de lui. Il possédait un talent particulier pour inciter les gens à se surpasser et il percevait d'une façon aigüe les possibilités de chacun, les galvanisant et obtenant ainsi des résultats spectaculaires. Il avait du charme, de l'esprit, il était exigeant et perfectionniste, difficile a satisfaire, mais en même temps facile à côtoyer. Essentiellement un homme d'action, il avait horreur de l'indécision, de l'hésitation, prêt à essayer même l'apparemment irréalisable. Il aurait sans doute désapprouve qu'on mentionne le rôle qu'il a joué pendant la guerre dans la Résistance, mais les faits parlent par eux-mêmes. Bien que ses traits fussent sérieux lorsqu'il parlait affaires, son regard brillait d'une lueur ironique et presque bienveillante mettant les gens a l'aise même au cours de discussions serrées. En effet, il respectait les sentiments personnels de chacun et craignait plus que tout autre de heurter qui que ce soit. Tous ceux qui l'ont entouré savent bien que son ton parfois vif et très direct n'était qu'une manière déguisée de cacher sa générosité extrême. Travailler avec Louis Amic était une expérience vivifiante que ceux qui l'ont connu ne regretteront pas. Il est maintenant enterré a Cabris, dominant la Méditerranée et Grasse, près de chez lui. -------------------- Le Jardin Retrouvé
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5-Nov-2009, 03:50 PM
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A Tribute to Louis Amic by Yuri Gutsatz
Mr. President, ladies and gentlemen, In spite of the profound sadness pervading my spirit, I thank President Sabetay for having asked me to talk tonight about Louis Amic, who died last June at the age of 73, of an implacable illness. Talking about Louis Amic is an honor for me, a formidable task, a task that inspires passion – a deeply moving task for me, because talking about Louis Amic means talking about perfumery in its entirety, about an entire conception of perfumery. It also means talking about half of my own life, because over the course of the 31 years in which I had the privilege, satisfaction and joy of working for him, with him and in his footsteps – he became for me a symbol, a guide, a big brother, a friend. Usually, in talking about the deceased, we say the empty space left behind is difficult to fill. I think this cliché, though hackneyed, has never been truer than when we say that no one could replace Louis Amic. With his death, a page has turned in perfumery, a chapter closed, an era gone by. What a page, what a chapter, what an era! But what he sowed now bears fruit, and the harvest is wonderful. You will read the biography of Louis Amic in our trade journals, so I won't dwell on chronological facts, his studies, his beginnings, titles and decorations. I will only say that Louis Amic came from an old Provençal family. Through his mother, he was the son, grandson, great-grandson and nephew of the Roure family, who in 1820 already ranked among those of Grasse who focused their efforts on the nascent perfume industry. He was also from an old Provençal family through his father, Jean Amic, a senator from the Alpes Maritimes department, whose family made olive oil. What more do you need to train a man whose roots dive so deeply into this Provençal land, this Latin, Mediterranean land, steeped in memory, a land that for 3,000 years has witnessed so many civilizations to which we owe so much? In Louis Amic, there was always a reflection of the clear skies of Provence, extraordinary human warmth, generosity, an understanding of beings and things, a deep humanism along with a vast and universal culture, a sense of curiosity ever on the alert, and above all, a passion for Perfumery. Must I really recall everything perfumery owes to him? What we all owe him? What I, personally, owe him? I must speak about Louis Amic as I knew him, briefly evoking a few memories, a few images that I think are more precious than grandiloquent dithyrambs spoken in a broken voice at the grave, but I think my voice will tremble and my eyes fill with tears, because in talking about Louis Amic I also look back at my own life, my youth, my aspirations, my ambitions, the road traveled since the first time we met. I heard about Louis Amic for the first time 40 years ago, in 1937, when I started out in the perfume industry as a young man with neither experience nor knowledge, and a friend who had been at the job longer than I said to me one day: "There is an incredible guy in Paris, who's a leading light in our profession, a certain Monsieur Amic – you have to meet him." I did so eight years later, when the now-deceased Jean Carles, whom I knew rather well and ran into on a lucky day for me in September 1945 on the platform of the metro at Etoile, said to me: "What are you doing in Paris?" (We had met in Marseille during the black years of the war.) And my answer was: "I'm looking for work." He said to me, "Come to Rue du Rocher tomorrow, chez Roure, I'll introduce you to Louis Amic." The next day I entered a little dark office where I found Louis Amic who, after a few questions about my knowledge and qualifications, hired me as head of the research laboratory. I will always remember this joke, which he had the secret to. He said to me, "As to the hours you are present, I don't care. What's essential is that you are here when I need you." And in fact, for nearly 10 years, between May 1947 and March 1957 when I went to India for Roure, I had a ground floor lab in the head office on Rue Legendre. I became the "perfumer to the king," as I liked to say jokingly at the time. But the king had ideas: he was spilling over with them. He had the rare gift of knowing how to inspire, direct, orient the work of composers, to convey his own visions, his own ideas, stimulate people, make them think, so that they could give the best of themselves. And yet he liked to constantly repeat: "I'm not a perfumer, I know nothing of the technique." But this was of little significance because his sense of raw materials, his incomparable commercial flair, the people he knew in the international world of perfumery (he knew, and knew well, everyone in Paris, New York, London and even in Moscow and said: "I am the concierge of international perfumery") was what was most precious for technicians locked inside their ivory towers without much contact, at the time, with the outside world. I think my colleagues from the 1950s, Francis Fabron, Jacqueline Keip-Couturier, Yolande Laborde-Jerrold, Simone Carini, Jean Martin (others such as Germaine Cellier – she was loaded with talent – and Jean Carles, the incredible magician perfumer, have died) will remember as do I and those who came later to fill the ranks of the House perfumers, and of course as do all those who make up the current team, the fragrance and selection sessions in the office of Louis Amic. He was president of the company between 1960 and 1969 and honorary president afterwards. The telephone would ring. It would be either Louis Amic's abrupt, gruff voice – oh, how the secretaries trembled at his bouts of anger – as intense and intermittent as a spring shower in Provence – because patience in those years was not his strong point – yes, his abrupt, gruff voice: "Come and see me," or it would be the operator: "Monsieur Louis Amic would like to see you." And there were fireworks when he smelled your latest efforts, which in fact were the result of a meeting with him sometimes only the day before, because you had to give him a test product very very quickly, while he still had the idea. We dipped the strips and handed them to him. We quickly learned that making comments wasn't useful. He liked to say: "Whatever you do, don't say a thing." He smelled, and that's when we should have had a camera. If the test wasn't what he was expecting, he would throw the strip on the floor and say something like: "This one's a dead loss!" If you got his attention, he spun around in his chair, closed his eyes like a cat by the fireplace, breathed in slowly, attentively, and said – if there were two or three versions – "Mix up the papers for me," so he could smell them again and check his first impression, visibly delighting in this operation, absorbing the fragrance, and then with as much determination as for eliminating a test, he would spill over with compliments that you often didn't really deserve. Then came the final word that many times was the beginning of a commercial success: "This here, you send it to so-and-so, so-and-so, or so-and-so." Yes, between 1946/47 and 1955/60, his tactic was to get his customers to see creations as much as possible that covered the entire range, that confronted all tastes. Because at that time, perfumery marketing didn't exist, nor did the test panels and other manifestations of the kind, and the perfume houses were still in the hands of people from the profession or of couturiers who knew what they wanted. In short there were valuable people with whom Louis Amic spoke a common language, who listened to him and appreciated his suggestions. So Louis Amic created a new perfumery, which he had the idea for in the early '30s. I think that Schiaparelli's Shocking and Lelong's L were the first creations done by a raw materials house, and it was a real revolution in the Perfume industry. And it's Louis Amic who had crafted it. During the war, towards the end of 1943, he predicted that the future development of the perfume industry was going to bring new people into the profession – top couturiers among others – and he advised that his company orient itself in such a way as to be able to face new demands. People's opinions were divided, but it was his, with the support of Charles Vidal, who had just started working for Roure, that prevailed, and an entire tactic was implemented so the company could start in 1945/46. One of these tactics was to enlist the help of company women who were well introduced in haute couture circles. So, little by little, with additions to the perfumer team, Louis Amic created an incomparable work tool that was copied years later by all his colleagues. What followed is well known. But this evening I would like to underscore that Louis Amic was the pioneer of the new direction of the fragrance industry, and if today many French and foreign companies which, by vocation, produced natural and synthetic raw materials and formed teams of efficient and dynamic perfumers are now meeting in every way possible the demands of the global fragrance industry, which has become huge, the merit comes back to one man alone who, 40 years ago, foresaw what was going to happen. These past few years, Louis Amic started to withdraw a bit from the daily problems of the fragrance industry, but he liked to talk about it and he talked with passion and knowledge. How many times over these last three years did he call me up to say, "Have you got half an hour? Come on, we'll talk a little." (He used another term that had quite more impact.) And whatever I was scheduled to do, however hurried I might have been, the half hour with Louis Amic was sacred: I knew it would be a rare intellectual pleasure. For some time his sight had begun to diminish, but he bravely fought not to feel weakened. He had trouble distinguishing the strips to smell that you handed him, but his judgment was still as good, his advice as precious, his spirit as lively and sharp as ever and the general survey of the most varied subjects were as stimulating, instructive and fascinating as in the past. He was very preoccupied by the turn that the extraordinary development of the fragrance industry had taken. Yesterday it was still a luxury world craft, now it's a significant industry whose sales are in the billions. He was afraid that this rapid growth, this radical transformation from craft to mass production, with all the conformity that this comprehends, would happen to the detriment of taste, imagination and elegance. He said to me: "You'll see, the pendulum will swing back, there'll be room again for individual initiative, for the efforts of one man only, for a return to basics." And if now, I myself have decided to enter the arena to try to give people the taste for simple perfumery with the natural fragrance of flowers and plants, it's because once again I have decided to listen to Louis Amic to do the fragrance making of perfumers rather than the fragrance making of marketing teams. In doing so, I have incurred my final debt to Louis Amic. Paris, 13 October 1977 Yuri Gutsatz STPF's vice president Printed in October 2009 in "Les Nouvelles de l'Osmothèque"
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