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Mes rencontres avec Mary Quant
Le Jardin Retrou...
post 17-Aug-2009, 07:25 AM
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Ma rencontre avec MARY QUANT

Globalement – un mot à la mode – mon expérience indienne était exaltante, un vrai challenge (encore un mot à la mode) et certainement la page de ma carrière dans la parfumerie, la plus enrichissante.

Une fois réintégré le sein de ROURE BERTRAND j'ai décidé que je ne voulais plus travailler dans un laboratoire.

Je ne savais pas exactement ce que je voulais faire. Vous connaissez cet adage romain : « Il vaut mieux être premier dans un village que second à Rome ».

Au bout d'un an de vie médiocre, comparable à celle d'un vieux colonial de retour au pays, on me proposa de m'occuper d'abord du marché ANGLAIS et ensuite ALLEMAND en visitant ces deux pays pour y porter la bonne parole de ROURE et décrypter des BRIEFS pour l'usage des parfumeurs à Paris.

J'avoue qu'à plusieurs reprises j'étais tenté de mettre la main à la pâte.

Des 9 ans de mes contacts avec nos voisins d'outre-manche je retiens un seul épisode digne d'intérêt : ma rencontre avec MARY QUANT.

Mary QUANT, la créatrice de la mini-jupe, cela vous dit quelque chose ? Nous en 1966, le nom de Mary QUANT ne nous disait strictement rien et le jour où elle débarqua rue Legendre, je n'étais pas le seul à recevoir un choc ! La mini jupe anglaise étant deux fois plus courte que ce qui se portait en France.

Mary QUANT, mariée à un neveu de lord RUSSEL, était – elle l'est certainement encore – une femme très intelligente, spirituelle, à la répartie cinglante et dont l'anglais n'était pas celui d'Oxford ou de la BBC mais ce que l'on nomme « collocial english » que parfois j'avais du mal à comprendre.

Dès notre première entrevue elle m'a décrit le genre de parfum qu'elle cherchais en une phrase qui est le BRIEF le plus complet et le plus parfait, le plus concis du genre. Elle m'a dit textuellement ceci : « Mon parfum doit avoir « a touch of joy, a touch of nostalgia and a touch of obscenity ». Ais je besoin de traduire ?

La dessus elle est partie à Grasse où elle a aussi facilement conquis tout le monde – les hommes surtout, bien entendu ... Les labos de ROURE à Grasse l'inondèrent d'échantillons. Nous avons fini par savoir qu'elle cherchait un parfum de soir (il s'appellerait d'ailleurs P.M. qui est l'abréviation anglaise pour POST MERIDIEM – Après midi, celui du matin, A.M. pour ANTE MERIDIEM fut confié à IFF). Le gros succès du jour était le CABOCHARD de GRES et naturellement parmi les essais soumis il y avait une quantité de variantes sur ce thème.

Mary QUANT me convoque à Londres : Venez, je n'arrive pas à faire mon choix dans les 40 ou plus d'échantillons, il faut m'aider. Je suis donc parti pour Londres et là, un soir, j'ai vécu une expérience de parfum la plus absurde qui soit.

Mary QUANT et son mari, Alexander PLUNKETT-GREEN après m'avoir copieusement abreuvé de VODKA-TONIC (en proportion environ moitié-moitié dans des grands verres) m'ont mis au travail. Il fallait que je sente l'un après l'autre les 40 ou plus d'essais, choisir les plus intéressants que Mary appliquait sur ses mains, bras, avant bras et pour terminer n'ayant plus un centimètre de peau non parfumée, sur ses cuisses, mini jupe oblige. Elle refusait de sentir sur touches. Ceci a duré des heures. On était complètement ivres. On tournait en rond et les commentaires de Mary a chaque essais étaient a peu près du genre : « voilà un parfum qui promets beaucoup comme une femme, amis qui au dernier moment se dérobe, s'évanouit, ne tiens pas ses promesses ! ».

Ne pouvant plus rien sentir, j'ai eu une idée lumineuse dont on peut parfois profiter pour sauver la face et je lui ai demandé un flacon vide. J'ai pris les 4 essais qui répondaient le mieux à ses phantasmes, et en me concentrant pour que mes mains ne tremblent pas j'ai versé dans ce flacon les très approximatives proportions des 4 références. On agite, et on sert froid. Miracle ! Ce mélange lui a plu ! Au point, que plus tard elle m'a dédicacé son livre « Histoire de Mary Quant » dans a peu près ces termes « au seul parfumeur qui à 2 heures du matin sait mélanger un parfum ».

Le lendemain à la première heure j'ai téléphoné à Grasse à Pierre BLAIZOT pour lui donner la formule de ma création. Comment ils l'ont traitée à Grasse pour en faire une formule qui tient debout – je n'en sais rien. Le parfum a été lancé mais n'a pas résisté - comme d'ailleurs son frère le A.M. de IFF – à l'usure du temps.

Yuri GUTSATZ


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Le Jardin Retrouvé
3 cour Jasmin
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