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Qui est Yuri Gutsatz ?, Who is Yuri Gutsatz?
Le Jardin Retrou...
post 31-Oct-2009, 12:06 PM
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Je crois que c'est La Rochefoucauld qui a dit: « La lumière du passé vous éclaire de dos et ne projette devant vous que des ombres ».

Je vais essayer d'éclairer quelques recoins de cette zone d'ombre dans laquelle s'estompent les souvenirs de mes années passées.

Je suis né en 1914 à Saint-Pétersbourg et je suis un ancien « immigré » - quoiqu'à l'époque on nous désignait comme « émigrés ».

Nuance... Rien apparemment ne me prédestinait à devenir parfumeur ni même à faire partie de l'industrie de la parfumerie qui n'était à mes débuts qu'un artisanat de luxe pour quelques « happy few ».

C'est bien plus tard - après guerre - que j'ai appris par Paul Bedoukian que mon père, David Gutsatz, qui était chimiste de formation et qui n'avait pu nous suivre lorsque nous avions émigré à Berlin en 1924, avait déposé des brevets en 1935 sur l'aldéhyde amyl-cynamique.

II se trouvait que ma famille avait des relations à Paris dont un ami, russe d'origine, qui était devenu propriétaire des Parfums Mury.

J'ai ainsi obtenu un visa, un permis de travail et un emploi chez Mury, ce qui m'a permis de quitter Berlin pour Paris en 1933. Chez Mury, à l'usine d'Argenteuil, on n'avait absolument pas besoin de moi : « Vous pouvez rejoindre notre service commercial ou la comptabilité ou peut-être le laboratoire.

Je pense que c'est le laboratoire qui serait le plus indiqué ». C'est ainsi que le destin une fois de plus m'a «pris par la main ». J'ai tout appris chez Mury, même le collage des étiquettes.

Quelqu'un a dit qu'un homme civilisé a deux patries : la sienne et la France. Comme des milliers d'autres réfugiés, je me suis engagé comme volontaire en mars 1940 et je fus dirigé vers la Légion Étrangère qui avait ses quartiers généraux en Algérie à Sidi bel Abbes.

La guerre finit pour nous avec l'armistice et j'avais écris à Grasse, proposant mes services : j'ai reçu une lettre me proposant un emploi dans une société qui venait de se créer à Marseille pour fabriquer et diffuser une eau de Cologne Jean Marie Farina en «zone libre », profitant du fait que les grandes marques parisiennes ne pouvaient pas livrer les parfumeries du midi de la France.

J'y ai monté un petit laboratoire, ce qui m'a permis de rencontrer les représentants des maisons de Grasse - et d'y être invité à suivre un stage de parfumerie chez Chiris.

C'est ainsi que j'ai travaillé pour la première fois dans un vrai laboratoire sous la direction d'Edouard Hache.

En septembre 1945, sur le quai du métro de la station Étoile, un homme s'approche de moi et me dit: « Vous ne me reconnaissez pas ? Je suis Jean Carles. Vous cherchez du travail ? Venez demain matin rue du Rocher, je vous présenterai à Louis Amic ».

Jean Carles, qui travaillait chez Roure Bertrand Fils et Justin Dupont (RBF & JD) et que j'avais rencontré à Grasse, m'a ainsi fait rentrer dans cette maison où je suis resté 31 ans.

De mon premier entretien avec Louis Amic j'ai retenu cette phrase : «Je vous engage comme parfumeur. Les heures de présence je m'en fous, l'essentiel c'est que vous soyez là quand j'ai besoin de vous ! »

Les dix années que je passais dans le laboratoire de Roure étaient les années glorieuses de la parfumerie française (et de RBF & JD en particulier) : sont sortis des labos de Roure pour ainsi dire tous les parfums de Carven, Balmain, Balenciaga, Jacques Fath, Robert Piguet, Jean d'Albret, Nina Ricci, Emilio Pucci, Robert Ricci ...

Deux évènements d'importance inégale ont marqué ma carrière chez Roure : mes deux rencontres avec l'Inde.

En 1952 les « Indes Galantes » opéra-ballet de Rameau, monté à l'Opéra de Paris par Maurice Lehmann, pour lequel il voulait introduire le parfum comme élément de la mise en scène.

Je me suis porté volontaire et nous avons ainsi réussi à parfumer les 19 000 m3 de la salle de l'Opéra dans ses moindres recoins grâce à deux petits flacons de 25ml à 15% de concentration d'un parfum de rose que j'avais crée - en veillant à ce que l'odeur atteigne les spectateurs au moment où, dans le quatrième acte, la danseuse étoile habillée en rose sort d'une trappe pour finir à la fin du ballet des roses.

150 fois j'ai entendu le public murmurer « Ca sent la rose !! »...

II me faudrait des heures pour relater mon expérience de l'Inde, ce pays ou maintenant n'importe quel tour opérator vous emmène pour une somme modique, mais qui, en 1956, était le bout du monde.

Je partais, accompagné de toute ma famille, comme parfumeur et comme représentant de Roure au sein d'une nouvelle société créée en collaboration avec le groupe Tata.

« J 'ai décidé de m'associer avec un groupe indien pour fabriquer sur place un certain nombre de produits de synthèse et des parfums pour le marché local. Cela ne m'enchante pas outre mesure : je le fais pour empêcher les Givaudan de le faire ! Vous voulez y aller pour trois ans ? » m'a dit Louis Amic.

J'ai accepté et nous y sommes restés 6 ans ! J'y étais parfumeur-créateur, directeur technique, manager des ventes, planificateur de production, membre du conseil d'administration, homme à tout faire et à tout savoir pour nos partenaires.

De retour à Paris, Louis Amic m'a proposé de m'occuper des marchés allemand et anglais - tout en continuant à être son « fou du roi ».

Ceci m'a amené à travailler avec Mary Quant (qui m'a dédicacé son livre « au seul parfumeur qui à 2 heures du matin sait mélanger un parfum ! »), avec Emilio Pucci et avec Estée Lauder - à l'occasion de la création du premier parfum d'Emmanuel Ungaro (« Ungaro ce n'est rien du tout. Les dollars c'est moi, donc c'est moi qui décide ! » Ungaro me disait exactement le contraire !).

Et puis en 1976, quand Roure a déménagé de la rue Legendre à Argenteuil, je suis parti.

Peut être que je ne voulais pas terminer ma vie professionnelle à Argenteuil, ville ou 40 ans plus tôt je l'avais commencée.

Mais on ne peut pas s'arrêter, on ne peut pas abandonner un métier de toute une vie.

Alors pressé un peu par ma famille, j'ai entrepris mon dernier chapitre : nous avons créé Le Jardin Retrouvé, et je suis retourné aux sources artisanales de la parfumerie avec des formules simples, une parfumerie de parfumeur et non pas une parfumerie de marketing...

Mon dernier parfum, en 1987, est un Cuir de Russie et si je dois encore en créer un, ce sera autour d'une note jacinthe - pour boucler la boucle...

« Vienne la nuit, sonne l'heure, les jours s'en vont, je demeure.... »

Yuri Gutsatz
Paris, le 5 juin 1989


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Le Jardin Retrou...
post 2-Nov-2009, 04:46 PM
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I think it is La Rochefoucauld who said, "The light of the past illuminates you from behind and casts only shadows before you".

I will attempt to shed light on some corners of this zone of shadow where the souvenirs of the past years are starting to fade.

I was born in 1914 in Saint Petersburg and I am an ex "immigrant" - although at that time we were called "emigrants".

Nuance ... To all appearances there was nothing that predicted I would become a perfumer or even become a part of the fragrance industry, which was, at my debut, but a luxury craft for some "happy few".

It was only much later - after the war - I learned from Paul Bedoukian, that my father, David Gutsatz, who was a qualified chemist and who was unable to follow us when we emigrated to Berlin In 1924, had filed patents for amyl-cynamic aldyhyde in 1935.

It so happened that my family had relations in Paris, among them a friend of Russian origin, who had become the owner of Parfums Mury.

I thus obtained a visa, a work permit and a job at Mury, allowing me to leave Berlin for Paris in 1933. At Mury, at the Argenteuil factory, I was not needed at all: "You can join sales or accounting or perhaps the laboratory. I think the laboratory would be the most appropriate". Thus fate once again led me by the hand. I learned everything at Mury, even how to stick labels.

Someone once said that a civilized man has two homelands: his own and France. Like thousands of other refugees, I enlisted as a volunteer in March 1940 and was dispatched to the Foreign Legion, which had its headquarters in Algeria in Sidi Bel Abbes.

The war ended for us with the armistice and I wrote to Grasse, offering my services: I received a letter offering me a job with a company that had just been set up in Marseille to manufacture and distribute a Jean Marie Farina cologne in the "Free Zone", taking advantage of the fact that major brands in Paris could not deliver to the perfumeries in the south of France.

I built a small laboratory, which helped me to meet representatives of the houses of Grasse - and to be invited to attend a training course in perfumery at Chiris.

That was how I worked for the first time in a real laboratory under the direction of Edward Hache.

In September 1945, on the Etoile subway platform a man approached me and said: "Don't you recognize me? I am Jean Carles. Looking for work? Come to rue du Rocher tomorrow morning, I'll introduce you to Louis Amic.

Jean Carles, who worked with Roure Bertrand Fils and Justin Dupont (RBF & JD) and whom I had met in Grasse, brought me into the firm where I stayed for 31 years.

I remember this phrase from my first interview with Louis Amic:

"I will hire you as a perfumer. I do not care about working hours, what is essential is that you're there when I need you! "

The ten years I spent in the Roure laboratory were the glorious years of French perfumery (and RBF & JD in particular). From the Roure laboratories came virtually every perfume of Carven, Balmain, Balenciaga, Jacques Fath Robert Piguet, Jean d'Albret, Nina Ricci, Emilio Pucci, Robert Ricci, among others.

Two events of varying importance marked my career at Roure: my two encounters with India.

In 1952 the opera-ballet by Rameau, "Indes Galantes" was staged at the Opéra de Paris by Maurice Lehmann, for which he wanted to introduce fragrance as part of the stage effects.

I volunteered and we succeeded in perfuming the 19 000 m3 of the Opéra hall to its very corners with two small vials of 25ml with a 15% concentration of a perfume of roses that I had created – making certain that the perfume reached the audience when, in the fourth act, the ballerina dressed as a rose, emerged through a trapdoor and ended when the ballet of the roses was over.

150 times I heard the audience murmur "It smells like roses! "...

It would take me hours to narrate my experience of India, the country where now any tour operator will take you for a small fee but which, in 1956, was like the other end of the world.

I left, with my whole family, as perfumer and Roure representative, to join a new company created in collaboration with the Tata group.

"I have decided to join with an Indian group to manufacture locally a certain number of synthetic products and fragrances for the local market. This does not enchant me unduly: I do it to prevent Givaudan from doing so! Would you like to go there for three years?", Louis Amic asked me.

I accepted and we stayed there for 6 years! I was perfumer-creator, technical director, sales strategist, production manager, member of the Board of Directors, handyman and know-all for our partners.

Back in Paris, Louis Amic asked me to take charge of the German and English markets - and continue to be his "court jester".

This led me to work with Mary Quant (who in dedicating her book to me, said, "to the one perfumer who knows how to blend a perfume at 2 o'clock in the morning!"), with Emilio Pucci and with Estée Lauder – when the first fragrance from Emmanuel Ungaro was created ("Ungaro is nothing at all. The dollars, it's me, so I decide," Ungaro said exactly the opposite to me!).

And then in 1976, when Roure moved from rue Legendre to Argenteuil, I left.

Perhaps I did not want to end my career at Argenteuil, the town where I had started out 40 years earlier.

But one cannot stop, one cannot abandon, the métier of a lifetime.

Then, urged a bit by my family, I launched on my last chapter, we created Le Jardin Retrouvé, and I went back to the artisanal sources of perfumery with simple formulas, perfumer's perfume, not marketing perfume.

My latest fragrance in 1987, was Cuir de Russie (a Russian leather); and if I still have to create one, it will be around a hyacinth note - to come around full circle.

"The night comes, the hour chimes, the days go by, but I linger.... "

Yuri Gutsatz
Paris, 5th June, 1989

Related links:

Savvythinker: His fragrances are true, rich and warm, long lasting. They are balanced perfectly. I’m very glad to know they are still on the scene, and perhaps becoming better known to the modern perfumista.


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